jeudi 12 avril 2007

Mon indifférence


Je suis effrayée ! Où que je me tourne , je ne découvre que violences ,destructions , guerres ,massacres..L'Irak me choque..Le Darfour me révulse..La violence conjugale ? j'ai connu et j'ai fui..Les violences urbaines quotidiennes ? j'y suis confrontée en permanence et j'ignore comment les éviter .

En ce moment , je me réfugie dans l'indifférence ..Ce n'est pas un sentiment ,juste un positionnement . L'indifférence feinte - la mienne - me prouve que je suis touchée et que je me défends de l'être..Je crois me protéger en ne m'attardant pas, en détournant parfois le regard..mais ce n'est pas moi , ce n'est pas ce que je suis ! ..

" L'indifférence est la paralysie de l'âme" a dit Anton Tchélov et je NE VEUX PAS ETRE PARALYSEE ! JE VEUX VIVRE ET SENTIR , RESSENTIR , ME REBELLER ENCORE ET TOUJOURS ! Comment le faire sans souffrir ..un peu...beaucoup..passionnément...à la folie ?


Contre l'indifférence d' Elie Wiesel :
En cette fin de siècle, on parle des droits de l’homme comme d’une religion moderne, laïque. Elle aurait un aspect sacré au sens où ce qui touche à l’humanité de l’être humain est sacré, donc inviolable.André Malraux l’a compris en déclarant, dans La condition humaine, qu’un être humain ne vaut rien, mais que rien ne vaut un être humain. Arthur Koestler a placé cette parole en exergue de son roman magistral, Le zéro et l’infini. Pour ma part, je dirai que tous les livres sur la vie pèsent moins qu’une vie d’homme.Mais, direz-vous : quelle vie ? quel homme ? La réponse est : n’importe lesquels. Dieu seul juge ses créatures en termes absolus. Nous ne possédons pas ce pouvoir. Elles ont toutes les mêmes droits. Leur existence relève du même mystère. La vie d’un savant n’est pas plus précieuse que celle d’un illettré. L’avenir d’un penseur vaut celui d’un ouvrier. Les enfants de celui-ci peuvent apporter au genre humain des raisons d’espérer, tandis que les petits-enfants de celui-là peuvent inciter leurs contemporains à les renier en se reniant.
Pourquoi Dieu créa-t-il un seul homme – ou une seule femme – pour marquer le commencement de l’histoire ? Nos Maîtres anciens répondent: pour empêcher leurs descendants de se considérer supérieurs : tous ont et auront, jusqu’à la fin des temps, les mêmes origines, les mêmes ancêtres : « Roi et conquérant, philosophe et chef de tribu ou de nation, sachez donc tous qu’oiseaux et animaux vous ont précédés dans l’ordre de la Création. Aussi, comment osez-vous prétendre avoir des droits sur vos semblables au point de les humilier ? » Nous venons tous du même endroit, et c’est au même endroit que la nature nous mène. Les deux grands mystères – la naissance et la mort – sont ce que tous les êtres ont en commun. Seul le parcours est différent.Et il nous incombe de l’humaniser.Passons du niveau des idées à celui de la pratique : où en est le monde d’aujourd’hui, cinquante-cinq ans après la plus meurtrière des guerres, dans sa conception de la place de l’individu dans la société ?D’un côté, nous aurions raison d’être fiers puisqu’il existe, à travers notre petite planète, plus de deux mille comités, commissions, organisations et associations qui œuvrent pour la défense des droits de l’homme. Mais, de l’autre côté, n’est-ce pas une raison de rester plutôt humble puisque ce chiffre impressionnant reflète un besoin autant qu’un accomplissement ?Discrimination raciale, persécution ethnique, arrestations arbitraires, injustice sociale, victimisation des minorités : peut-on déclarer qu’elles ont cessé d’augmenter la somme de souffrance et le volume de larmes et de deuil sur la Terre ?Certes, avec la disparition des deux régimes totalitaires qui ont marqué ce siècle par le sceau de leur cruauté réfléchie et organisée, la liberté semble plus rayonnante et solide dans des pays qui, jusqu’à récemment, fonctionnaient comme des prisons.Les monuments que furent Auschwitz et Treblinka appartiennent au passé, ainsi que le goulag. L’apartheid aussi : le racisme a cédé devant le bel élan humaniste en Afrique du Sud, de même que dans l’ex-URSS les prisons politiques ont ouvert leurs portails et libéré des hommes et des femmes courageux qui, se réclamant de leur droit à la liberté humaine, sous toutes ses formes, avaient osé défier le régime de la terreur.Or ce mouvement est irréversible. Est-ce à dire que tout va bien dans notre petit village planétaire ? Mais non. Depuis 1516, date à laquelle Thomas More publie son livre intitulé Utopie, nous savons déjà que l’utopie est un lieu qui n’existe pas.S’il existe un mot qui définit et illustre la peur de nos contemporains, c’est l’intolérance qui s’exprime dans l’humiliation. Elle continue à menacer tout ce que notre civilisation a acquis en cinq mille ans. Au fanatisme religieux du Moyen Age a succédé le fanatisme politique. Les idéologies totalitaires ont pendant longtemps remplacé la foi en Dieu. Certes, les deux ont été vaincues. Mais l’humanité se retrouve-t-elle affranchie de leur emprise ? Voilà pourquoi il nous appartient de ne pas abandonner le combat. Tant qu’il y aura des hommes et des femmes qui par leurs activités ou par leur vie font honneur à l’espèce humaine, la lutte pour leurs droits essentiels continuera.Quels sont-ils ? Le droit à la liberté est fondamental à la condition humaine individuelle aussi bien que collective : l’être humain se définit par sa liberté à lui, mais aussi par celle de son semblable. Je suis libre non pas parce que d’autres ne le sont pas, mais parce que d’autres le sont. Autrement dit : tant qu’il y a quelque part un homme ou une femme privés de liberté, la mienne n’est pas entière.Puis, tout être humain a le droit à la dignité. Violer ce droit, c’est humilier l’homme. Or, aux yeux des Sages anciens, l’humiliation constitue un crime comparable au meurtre. Mais l’humiliation n’est pas nécessairement d’ordre racial ou ethnique ; elle relève aussi du domaine économique. Un parent qui n’est pas capable de nourrir ses enfants voit ses droits bafoués au même titre que ceux du prisonnier de conscience.Ensuite, il y a le droit à l’identité ou à l’appartenance communautaire. Ce droit aussi est inaliénable. Dieu seul est seul ; l’être humain ne l’est pas. Imposer la solitude et l’isolement à l’autre, dire qu’il est inférieur à nous en raison de son choix politique, de sa couleur, de son origine, de sa foi, de son mal ou de son destin particuliers, c’est nier son aspect unique et la place qu’il occupe dans les mystérieux desseins du Créateur de l’univers.Enfin, tout homme et tout peuple ont le droit à la mémoire. Sous une dictature, ce droit est accaparé par le pouvoir politique, qui comprend, lui, la puissance de la mémoire et tient donc à la maîtriser, la manipuler, l’emprisonner. Comme le dit George Orwell : « Qui contrôle le présent contrôle le passé ; qui contrôle le passé domine l’avenir. » Voilà pourquoi, dans l’empire soviétique, les encyclopédies étaient réécrites tous les ans effaçant les idoles d’hier et les remplaçant par des dieux nouveaux. En Allemagne nazie, les assassins des Juifs étaient en même temps les assassins de leur mémoire. Ainsi pensaient-ils les tuer deux fois. Combattre pour la mémoire fait donc partie du plus noble des combats, celui qui mobilise partout les hommes pour défendre tous les droits de la personne trop faible pour se défendre elle-même.
Autrement dit : les droits de l’homme sont inséparables des devoirs de l’humanité. On les défend en combattant ce qui les menace.Contre qui doit-on se battre ? Disons plutôt : contre quoi ? Contre le mensonge, bien sûr. Contre la diffamation raciale et religieuse. Contre la propagande politique qui incite à la haine. Contre les tentatives de voir en l’autre un être diminué, méritant esclavage, persécution et humiliation.Et il faut se battre contre l’indifférence. Elle n’aide que le persécuteur, que l’oppresseur, que le geôlier, jamais la victime.
Des hommes et des femmes de conscience se sont battus au cours de ce siècle tourmenté d’abord pour le droit à l’égalité, ensuite pour le droit à la différence.
Mais il existe un droit que nous ne devons reconnaître à personne : c’est celui à l’indifférence.

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