Ecrivez à l'ado que vous étiez :
Sergi López retrouve le jeune Sergi, Lynda Lemay s'écrit une chanson, Philippe Labro ou Fadela Amara s'interrogent sur le chemin parcouru. Tous ont joué avec émotion le...
Ecrivez à l'ado que vous étiez
Sergi López retrouve le jeune Sergi, Lynda Lemay s'écrit une chanson, Philippe Labro ou Fadela Amara s'interrogent sur le chemin parcouru. Tous ont joué avec émotion le jeu que nous leur proposions. Un exercice à tenter pour mesurer les rêves accomplis et retrouver en soi celui que l'on était.
Si vous aviez la possibilité de vous adresser à l'adolescent(e) que vous avez été, que lui diriez-vous ? Revoyez-vous à cet âge de 15 ou 16 ans : quels étaient vos rêves, vos doutes ? Comment la femme ou l'homme en devenir vivait-elle (il) alors ? Quelles étaient ses attentes ? Après avoir redessiné en esprit les contours de la jeune personne que vous étiez, munissez-vous d'une feuille, d'un stylo et... écrivez-lui !
Cet exercice d'introspection vous ramènera sans doute à des émotions vivifiantes. Dans les ateliers de développement personnel, mais aussi en psychanalyse, s'adresser à des parties constitutives de soi, pouvoir en fait effectuer des allers-retours intérieurs dans le temps est considéré comme un moyen pertinent de renouer avec son intériorité la plus profonde. Proposé par de nombreux thérapeutes, cet exercice invite à porter un regard attentif aux effets de l'expérience sur son existence, à mesurer à quel point celle-ci est à la fois le fruit de notre responsabilité et du hasard.
« Il permet de prendre conscience que nous sommes des êtres inscrits dans un devenir, explique le psychothérapeute Alain Delourme. Nous oublions souvent que l'adulte que nous sommes est aussi l'enfant, l'ado qu'il a été. » D'ailleurs, selon lui, l'exercice pourrait se décliner à d'autres âges de la vie. Reste que « l'adolescence a ceci de particulièrement intéressant que c'est l'âge où le champ des possibles est sans doute le plus grand ». Reprendre contact avec cet ado que l'on a été, c'est donc « retrouver ce champ des possibles. Pour ceux qui sont en perte d'élan de vie, se prêter à cet exercice est un formidable moyen de se redynamiser ». Pour chacun de nous, c'est de toute façon l'occasion de se regarder un moment avec plus de tolérance, voire une certaine tendresse.
Sergi López, Lynda Lemay, Philippe Labro et Fadela Amara, quatre personnalités, aux parcours denses et variés, ont bien voulu s'essayer à ce jeu. Tous très inspirés, souvent bouleversés, ils nous livrent le fruit de cet échange entre l'adulte qu'ils sont aujourd'hui et l'adolescent de leur passé... si proche.
« Ecoute Sergi,
Je sais que tu t'angoisses pour ton avenir. Parce que tu ressens la pression des adultes autour de toi, celle de ton père notamment, qui voudrait que tu te projettes déjà dans un métier concret. Mais toi, tu n'as que 15 ans et tu te sens un peu perdu, tu ne sais pas ce que tu feras à 50 ans. Sache que c'est normal : à 40 ans, je ne le sais toujours pas. Ne t'en fais, le temps t'apprendra que la peur et le doute font partie de la vie.
Aujourd'hui, l'inquiétude de ton père t'agace un peu, mais tu finiras par saisir qu'il ne voulait que ton bien. En attendant, fais-toi confiance. Tu verras que la vie est pleine de surprises et de hasards. Si tu es prêt à les écouter, tu sauras saisir ta chance. Sois têtu à rester toi-même. Garde cet orgueil qui te rend capable d'imposer tes avis et de t'y tenir malgré les doutes qui t'assaillent. Et garde ta conception de la vie, que tu assumes envers et contre tous, ton idée selon laquelle l'existence ne doit pas être une suite de sacrifices ou de concessions. Tu as raison : c'est comme ça qu'aujourd'hui je vois encore la vie. Continue de vouloir faire en sorte que chaque moment soit le meilleur à vivre. Et tu verras que, même si tu penses qu'aujourd'hui tu es dans la période la plus agréable de ton existence, celle qui suivra le deviendra à son tour, puis la suivante, et ainsi de suite... Tu peux réussir ta vie et être heureux sans avoir d'autre objectif que celui de faire immédiatement ce qui te plaît : j'en suis un exemple, crois-moi.
Sergi »
« Lynda
Ça y est, ma belle, tu as 16 ans
Tu as 16 ans et des poussières
Tu as 16 ans et des frictions
Des différends avec ton père
Bien sûr, tu lui désobéis
Tu parles à tout plein d'inconnus
Tu n'lis pas la même bible que lui
Toi, tu louanges Albert Camus
Tu deviens une femme
Voilà, ma belle, tu as 16 ans
Tu as 16 ans et des amis
Tu as 16 ans et du bon temps
Et tu cours les boîtes de nuit
Tu te tortures les poumons
A trop fumer de cigarettes
A trop crier dans les chansons
A trop faire toutes sortes de fêtes
Tu te découvres du talent
Te découvres un coeur et un corps
Que l'un après l'autre, tu vois éclore
Comme au printemps
Ça y est, ma belle, tu as 16 ans
Tu as 16 ans et des problèmes
De ceux qu'tout le monde a à 16 ans
De ceux qui se règlent d'eux-mêmes
Et tu commets des imprudences
Tu fais des excès de vitesse
Pressée de sortir de l'enfance
Comme gênée par ta jeunesse
Tu deviens une femme
Et tu as un prince charmant
Le premier qui t'a dit "je t'aime"
Le premier que t'as accueilli
Dedans ton corps de collégienne
Mais tu es déjà sans pardon
Pour tes juvéniles péchés d'chair
Tu mens parfois par omission
Pour ne pas décevoir ton père...
En devenant une femme !
Ça y est, ma chère, tu as 16 ans
Tu as 16 ans et des semaines
Tu as 16 ans et des années
Jusqu'à maintenant une quarantaine
Mais tu t'rappelleras toujours
De ce gâteau aux seize flammes
Ce bout d'chemin dans l'parcours
Où l'on saute du rire aux larmes
Oui tu t'rappelleras toujours
De cette époque de tendres drames
Que tu veux qu'tes enfants savourent
Ce temps...
Où tu devenais une femme !
Lynda »
Texte reproduit avec l'aimable autorisation des éditions Hallynda pour le Canada et des éditions Raoul Breton pour le reste du monde.
« Cher Philippe
A 15 ans, tu croyais que des choses importantes allaient t'arriver. Tu voulais voyager, t'exprimer : écrire, parler, pourquoi pas mettre en scène ? Tu dois avoir beaucoup de chance, car tout cela a eu lieu. Comme dans le poème d'Apollinaire, tu as parcouru le monde et l'as admiré, et puis tu l'as raconté et tu t'es aussi beaucoup raconté. Peut-être trop d'ailleurs. Tu ignorais tout du principe de réalité. Ce que tu as pu écrire ou créer n'a pas été à la hauteur de tes rêves. Tu ne savais pas qu'au long de ce chemin, tu découvrirais ce qui ne pouvait effleurer ton imagination : tu aurais des enfants et ils t'apporteraient des joies qui te permettraient de ne pas te voir vieillir. Comment aurais-tu pu savoir qu'au tournant de la maturité et de la réussite, tu rencontrerais au moins deux fois la lumière noire (1) ? Et que tu te battrais et que tu en sortirais, enfin bien conscient de la relativité des choses, l'impermanence de tout, et que celate conduirait à apprécier plus lucidement, et plus sagement, ce que tu n'avais pas su identifier comme un miracle : la vie.
Philippe »
1. Référence à son expérience de mort imminente (lire La Traversée, Gallimard, "Folio", 1998) et à sa dépression (lire Tomber sept fois, se relever huit, Gallimard, "Folio", 2005).
« Fadela
Sur les murs de ta chambre, les posters de Jorge Donn, danseur du Ballet du XXe siècle de Maurice Béjart, et de Martin Luther King se côtoient. Tes deux mondes : celui qui évoque ton rêve de devenir danseuse étoile, et celui du militantisme dans lequel tu commences à t'engager. Tu as 16 ans et tu as peur de regretter le choix que tu es en train de faire. Ne le sois pas. Le temps te donnera raison. Ton engagement va te permettre de vivre une vie beaucoup plus riche que si tu avais été danseuse. Bien sûr, être une révoltée comme tu l'es, ce n'est pas facile. Parce qu'il y a les résistances de ta famille, de ton père surtout, qui veut t'imposer un modèle de femme que tu détestes. Mais ne t'en fais pas : ces conflits entre vous seront aussi des occasions d'apprendre à vous connaître et à vous respecter. Et, crois-moi, cette colère que tu portes en toi, c'est ta force. Tu apprendras progressivement à la contenir et à l'intérioriser, mais elle doit rester ton moteur. Parce que rien n'est plus déplorable que les adultes qui ont perdu la capacité de s'indigner. Mais n'oublie pas tes rêves d'enfant. Tu as raison de laisser une place dans ta vie à ce monde de la danse. Ce monde de pure beauté, dans lequel tu te réfugies de temps en temps : il est, et restera, un formidable complément à cette terrible lucidité que tu as par ailleurs.
Fadela »
MSN Femmes
J'ai voulu jouer le jeu moi aussi :
"Chère Martine,
J'ai du mal à te retrouver dans ma mémoire.Je t'ai sans doute effacée inconsciemment..J'ai dû fouiller dans ma boite à photos pour te retrouver à 15 ans ..Tu n'étais ni laide , ni belle , en tout cas tu étais plus jolie que tu ne te l'imaginais à l'époque ..Tu te cherchais sans cesse dans le reflet d'un miroir et dans le regard des autres . Tu te maquillais en cachette, t'en souviens -tu ? Tu redoutais le regard de ton père tout en le cherchant pour provoquer . Il piquait des crises folles devant ton vernis à ongles ! Tu mettais les escarpins de ta mère avec du coton au bout..Tu te grandissais et te vieillissais ..
Ton corps changeait trop rapidement ou trop lentement à ton goût..Le regard des hommes s'attardait souvent sur toi et tu ne savais comment y échapper .Il te mettait mal à l'aise et te remplissait de joie en même temps !Tu te trouvais trop grosse , tu pistais chaque petit bouton d'acné..Rien ne te plaisait chez toi..si ! tes yeux peut-être!
Que voulais-tu réellement ?
Tu rêvais d'une " carrière" , ça c'est sûr..Du Prince Charmant ? Moins sûr ! En réalité , tu n'avais aucune idée précise sur ce qu'était l'amour..Pas encore d'émoi amoureux..Le premier fut sensuel à 16 ans :la vision d'un corps bronzé et luisant ,autour d'un feu de camp à Plan d' Orgon..Norbert..! Ah Norbert ! Croisé pendant 15 jours de vacances et perdu immédiatement de vue..Pffft !
Je crois que tu étais une jeune fille hésitant entre rebellion et obéissance..Tu étais toujours déchirée entre ces deux attitudes...Tu as souvent choisi la bagarre .. Et Dieu que tu étais orgueilleuse : tu étais sûre de ta valeur et tu voulais qu'on le sache..La vie t'a sans doute fait souvent chuter douloureusement de ton piédestal !
Tu étais si sage extérieurement avec tes jupes plissées et tes petits pulls mais dans ta tête et dans ton coeur , éclataient des feux d'artifice !
Tu hésitais à te projeter dans une vie avec enfants..Egoïsme? Peur de l'avenir ? Qui sait ? Mais rassures -toi : il y en a eu 3 , magnifiques et tendres..
Tu aimais faire la fête et tu adorais lire ..Te rappelles-tu la lampe de poche sous les draps et les bouquins dévorés bien à l'abri ?
Tu aimais déjà les gens et la vie : de ça , j'en suis certaine ,ma belle ! Tu aimais tant rire..
Je repense à toi avec tendresse , petite Martine..mais j'ignore si j'aimerais revivre cette époque ..Rien de ce que tu as pu imaginer alors ne s'est produit mais qu'importe ! Tu peux retourner sourire timidement dans tes photos en noir et blanc : ma vie est belle maintenant car je la veux belle !"
dimanche 15 avril 2007
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1 commentaire:
Exercice très très interessant , mais à ne pas faire en sens inverse : s'écrire une lettre à 15 ans pour tes 40 ans , ca peut être déprimant ......
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