vendredi 6 juillet 2007

La thérapie des gros mots


Je pratique depuis longtemps la " thérapie des gros mots " :-)

Je les utilise peu dans la vie quotidienne mais lorsqu'une difficulté surgit, j'éprouve un plaisir infini à crier ma litanie de gros mots ..Je peux bien vous la confier dans le creux de l'oreille :

" Nom de dieu de p... de b... de m... ! Ca fait ch... !"... Le fait de les crier permet de sortir toutes les ondes négatives .Il ressemble au cri que poussent les adeptes des arts martiaux ou des joueurs de tennis .. Je me sens calme et apaisée ensuite ..:-)


Ce plaisir-là est thérapeutique, en quelque sorte. C'est le plaisir des gros mots. André Halimi le présentait, jeudi 5 juillet sur France 5, en amateur éclairé et avec une délectation évidente. "Il vaut mieux libérer sa colère en poussant une série épouvantable de jurons plutôt que de prendre un marteau et de taper sur quelqu'un", explique le lexicographe Pierre Enckell. Il faut d'ailleurs distinguer entre un juron et une insulte. "Une insulte s'adresse à quelqu'un tandis qu'un juron ne s'adresse à personne, ou s'il s'adresse à quelqu'un, c'est aux puissances supérieures", indique le même spécialiste. "Sans gros mots, on s'emmerderait sur terre", affirme plus prosaïquement Cavanna.
Le gros mot surprend l'auditoire, et il doit en même temps tomber juste. "Pourquoi veux-tu être institutrice ?" demande innocemment un adulte à Zazie dans le film de Louis Malle, Zazie dans le métro (1960). "Pour faire chier les mômes !", répond l'intéressée avec beaucoup de naturel. Le documentaire d'André Halimi accorde une place particulière au mot "con" qui se transmet de génération en génération en gardant pratiquement ses pouvoirs intacts alors que tant d'autres sont tombés dans l'oubli. Michel Audiard a beaucoup fait pour sa réputation. "Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît", fait-il dire à Lino Ventura dans Les Tontons flingueurs (1963) de Georges Lautner. Le même dialoguiste, dans un film du même réalisateur, Le Pacha (1967) met dans la bouche de Jean Gabin, s'adressant à un interlocuteur, cette formule définitive : "Quand on mettra les cons sur orbite, t'as pas fini de tourner." Georges Brassens ne les utilisait lui-même en privé qu'avec parcimonie et sertis dans une syntaxe parfaite. C'est pourtant lui qui a fait entrer les gros mots dans la chanson par la grande porte. "Le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est con, on est con. Qu'on ait vingt ans, qu'on soit grand-père (...), cons caducs ou cons débutants, petit con d'la dernière averse, vieux con des neiges d'antan" chante-t-il en 1961.
C'est après Mai 1968 que tous ces termes, souvent imprimés jusque-là avec de pudiques points de suspension, s'étalent en toutes lettres dans les journaux et dans les livres. Les jurons de jadis, qui avaient presque tous affaire avec Dieu, en déformant parfois le mot pour éviter le blasphème manifeste, comme "morbleu" ou "palsambleu", doivent être expliqués aux élèves qui étudient les pièces de Molière. "Nique ta mère", qui est une traduction littérale de l'arabe et vient d'Afrique du Nord, a fait une apparition remarquée. Les gros mots, à de rares exceptions près, ont une durée de vie limitée. La machine qui sert à les fabriquer est éternelle.
Dominique Dhombres ( le Monde)

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