


A Paris, différents photographes, parmi lesquels Henri Cartier-Bresson et William Klein, livrent leur regard sur la péninsule.
UNE FOULE de grands photographes aussi différents que Paul Strand, Mario Giacomelli, Henri Cartier-Bresson, William Klein, Martin Parr ou Mimmo Jodice et un seul sujet, l'Italie. L'Italie d'hier et d'aujourd'hui est un plaisir qui ne se refuse pas. La Maison européenne de la photographie à Paris l'offre au visiteur pour l'été en proposant « Doubles visions », une exposition qui confronte les regards de plusieurs artistes sur ce pays.
Une fois n'est pas coutume, tout est parti d'un livre pour aboutir à une exposition, et non l'inverse. Publié en 2003, Italia se voulait le portrait d'un pays en soixante ans de photographies. L'un des chapitres mettait face à face sur les mêmes sujets dix photographes italiens et dix photographes étrangers. Pure coïncidence ou démarche volontaire, ces croisements témoignent d'une même fascination pour un pays qui a toujours inspiré les artistes. Outre le propos qui embrasse un demi-siècle de l'histoire de la photographie, l'intérêt de cette exposition vient aussi du fait qu'elle montre des facettes inhabituelles du pays, l'un les plus photographiés au monde.
Sonder l'âme du pays
Il suffit de commencer par la fin, de se planter devant les grandes scènes colorées, presque surréalistes de l'Italien Massimo Vitali qui se complaît à photographier ses concitoyens rangés sur les plages comme des sardines en boîte pour avoir une vision nettement moins romantique de la péninsule. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le Britannique Martin Parr brosse un portrait aigre-doux de baigneurs détendus, sujets aux coups de soleil ou à la surcharge pondérale.
L'Italien Berengo Gardin s'est quant à lui glissé dans le sillage de l'Américain Paul Strand qui, en 1953, s'est rendu avec l'écrivain et scénariste du néoréalisme Cesare Zavattini dans le village de Luzzara pour photographier les habitants et les façades, les champs et les outils. Vingt ans après la publication d'Un Paese, un ouvrage culte cosigné Strand et Zavattini, Gardin se pique de sonder plus en profondeur que ne l'a fait Strand l'âme de son pays. Davantage reporter que poète, il livre une image complémentaire en fixant la vie quotidienne d'un village qui devient du coup emblématique.
Autre démarche, même volonté de témoigner en profondeur : en 1968, l'Italienne Carla Cerati se fait l'oeil du psychiatre Franco Basaglia qui dénonce à haute voix les conditions d'enfermement des malades dans les hôpitaux psychiatriques. Leur constat est implacable et explicite. En 1980, le Français Raymond Depardon est bouleversé à son tour face à la souffrance des patients de l'asile de San Clemente à Venise. Ébranlé, il réalise l'un des reportages les plus poignants qui existent sur le sujet.
L'histoire défile au fil de cette exposition qui donne aussi à voir des ruines antiques et des villes éternelles comme Venise, statufiée par Luca Campigotto, ou Rome, bousculée par William Klein. Car l'histoire de l'Italie ne se départ finalement jamais de celle d'une certaine humanité.
Jusqu'au 2 septembre à la Maison européenne de la photographie, 5-7, rue de Fourcy, 75004 Paris. Tél. : 01 44 78 75 00. Le livre « Italia, portrait d'un pays en 60 ans de photographie » est publié par Marval, 352 p., 39 eur.
http://www.mep-fr.org/default_test_ok.htm
Henri Cartier-Bresson/Mario Giacomelli, Paul Strand/Gianni Berengo Gardin, William Klein/Mario Carrieri, Raymond Depardon/Carla Cerati, Ernst Haas/Luca Campigotto, Herbert List/Mimmo Jodice, Sebastião Salgado/Giorgia Fiorio, Roger Ressmeyer/Antonio Biasiucci, Joel Sternfeld/Gabriele Basilico, Martin Parr/Massimo Vitali 13 juin - 30 septembre 2007 La notion de double interprétation est le thème fondamental de cette exposition qui présente un choix d'œuvres de certains des plus grands noms de la photographie.Doubles visions propose une série de confrontations : celles de deux regards sur un même lieu ou un même sujet, en Italie, à des moments différents. Confrontations fortuites ou délibérées, qui mettent en parallèle les regards d'un artiste italien et d'un artiste étranger sur l'Italie.La centaine de tirages noir et blanc ou couleurs, vintage ou contemporains, qui composent l'exposition, évoque l'Italie d'hier et celle d'aujourd'hui à travers 10 thématiques et autant de généreux dialogues d'artistes.L'exercice de ces croisements de regards est passionnant dans la mesure où il révèle la singularité de l'écriture photographique de ces grands maîtres, mais aussi parce qu'il apparaît comme une "leçon de styles", ceux qui ont le plus influencé l'évolution du langage photographique.
Scanno, un village des Abruzzes vu par Henri Cartier-Bresson et Mario Giacomelli
Luzzara, bourgade de la plaine du Pô photographiée par Paul Strand et 20 ans plus tard par Berengo Gardin
La croissance, désordonnée ou harmonieuse de la Rome de William Klein ou du Milan de Mario Carrieri
La Venise des couleurs songeuses d'Ernst Haas ou celle des visions nocturnes de Luca Campigotto
L'Antiquité dans l'imaginaire d'Herbert List et de Mimmo Jodice
L'engagement dans les années 70 avec les reportages de Carla Cerati et de Raymond Depardon sur les hôpitaux psychiatriques
Les thoniers vus par Sebastião Salgado et Giorgia Fiorio
Les volcans de Antonio Biasiucci et de Roger Resmeyer
Les promenades romaines de Joel Sternfeld et de Gabriele Basilico
Les plages selon Massimo Vitali et Martin Parr Exposition coproduite par la MEP et Contrasto.
Commissaire: Alessandra MauroItalie
- Doubles Visions a été présentée en 2004 à Rome au Scuderie Papali al Quirinale , en 2005 à Milan au Palazzo Reale et en 2005 à Trieste au Castello di Miramare.
Programmation de films : La MEP propose une programmation consacrée à des regards croisés de photographes sur des thèmes variés. Pour plus d'informations, reportez-vous à la rubrique "Les actualités/Les films".
Catalogue : Un livre est publié à l'occasion de l'exposition. Pour plus d'informations, reportez-vous à la rubrique "Des livres et des films/Les éditions".

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire