

Surprenant ! Inquiétant? Amusant ?
Regain de passion pour la chose publique, volonté ravivée d’appartenance à la nation, apologie de l’excellence française… À l’heure de la mondialisation, nos compatriotes voient, paradoxalement, la vie en bleu-blanc-rouge. Le mot d’ordre en ce 14 juillet ? Vive la France… décomplexée !
par Caroline Sallé
Ringard, le patriotisme ? Bien au contraire. Depuis quelque temps, les Français n’en finissent pas de faire leur « coming out » républicain. Et la célébration du 14 Juillet devrait encore doper cet élan populaire. Surfant sur la tendance bleu-blanc-rouge, Gad Weil, déjà organisateur de « la Grande Moisson des Champs-Élysées » et du « Train Capitale » convie cette fois tous les habitants de l’Hexagone à un gigantesque « Pique-Nique de la République ». Aux nappes, citoyens ! Aujourd’hui, pour la deuxième année consécutive, chacun est invité à partager, échanger et affirmer son attachement aux valeurs de la Nation autour d’agapes apolitiques . Objectif : inventer un nouveau rituel républicain que chacun puisse s’approprier.
L’an passé déjà, près de 300 000 personnes à travers 72 départements avaient répondu présent. Car n’en déplaise aux déclinologues, le moral de nos compatriotes semble bien repartir à la hausse. C’est d’ailleurs ce que laisse entendre le dernier supplément Enjeux des Échos , dont la une est justement consacrée à cette France qui « réussit » et qui bouge. À croire que le message publicitaire du fabriquant de meubles suédois Ikea – « Dites oui à une France dynamique ! » – a été entendu.
« Est-ce que la France est de retour ?, questionne pour sa part le sociologue Gérard Mermet, auteur de Francoscopie (Larousse). Elle commence à rattraper son retard, mais de là à dire qu’elle constitue à nouveau un modèle pour le reste du monde… restons modestes ! » Soit. Mais le chauvinisme bon ton bat quand même son plein et la culture made in France a plus que jamais le vent en poupe. « En mode, les collections printemps-été 2007 ont allègrement emprunté à la palette tricolore du drapeau », remarque une spécialiste du secteur. Déjà, l’année dernière, Hermès avait imaginé des vitrines « citoyennes » aux couleurs de l’Hexagone, où figuraient en bonne place les principaux monuments de la capitale. Cette année, Fauchon y va, lui aussi, de son petit cocorico en proposant des éclairs bleu-blanc-rouge vendus uniquement en ce jour de fête nationale. Et, plus généralement, du bracelet Paris, signé Jean-Paul Gaultier, aux espadrilles Nationale 7 de Made in Franchouillard, en passant par la lampe du Studio Ascète Je t’aime, à l’effigie de la tour Eiffel, rien de plus culte actuellement que tous ces symboles de la France éternelle. Celle-là même que célébreront, dès la rentrée, les Galeries Lafayette à travers une vaste exposition intitulée La France, c’est renversant !
Le Publicis Drugstore, sur les Champs-Élysées, ne s’y est pas trompé non plus, qui propose depuis mercredi et jusqu’au 24 août d’expérimenter la new french touch, à travers une sélection de produits « So Français ! ». Monuments parisiens en chocolat, saucisson en boîte, porcelaine de Limoges coquine… « Les valeurs tricolores sont de retour, mais métamorphosées », indique l’enseigne. « Jusqu’ici, on culpabilisait car le drapeau nous renvoyait plutôt à de douloureux souvenirs, celui des collabos ou de la décolonisation manquée, explique le tendanceur Vincent Grégoire. Aujourd’hui, on prend plus de distance, on assume le côté béret-baguette, on en rit même. L’humour a fini par remplacer la honte. » Comme si, soudainement, on se mettait à revisiter notre passé en empruntant un itinéraire bis, jalonné d’épisodes plus positifs. Car le XXe siècle, c’est aussi la Môme, mise en scène à l’Olympia après avoir été honorée au cinéma, Joséphine Baker, héroïne d’une comédie musicale à succès, la culture guinguette plus que jamais dans l’air du temps, ou encore le camping, devenu glamour… « Ce qui était vécu comme populaire, anecdotique à côté des grands événements historiques, intègre aujourd’hui notre patrimoine et devient fédérateur », insiste Vincent Grégoire. Le sociologue Gérard Mermet confirme : « On constate une volonté de réintroduire du collectif et d’affirmer son appartenance à une seule et même nation. »
Sans doute les dernières élections ont-elles eu un effet levier sur ce sursaut citoyen. L’inscription sur les listes électorales est apparue comme un devoir national. Les jeunes, notamment, ont été exhortés par plusieurs célébrités à « bouger leur vote ». Quant à Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, ils se sont disputé « l’identité nationale », sujet ô combien tabou jusqu’à lors. En « décomplexant » les valeurs patriotiques portées par la droite, le candidat Sarkozy est devenu le héraut d’une nouvelle fierté nationale. Et Ségolène Royal, de son côté, a organisé un gigantesque karaoké républicain autour de l’hymne national à Marseille, avant d’émettre l’idée que les Français aient tous « chez eux le drapeau tricolore ».

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