
SAINT-PAUL (Alpes-Maritimes) (AFP) - Dans le sillage des maîtres Mirò et Tàpies, Barcelone a vu s'épanouir depuis la dernière guerre plusieurs générations de peintres et plasticiens, acteurs d'une création catalane bouillonnante que la Fondation Maeght propose de découvrir cet été à Saint-Paul.
Pari audacieux pour l'exposition qui a débuté ce week-end et se prolongera jusqu'au 4 novembre: hormis les deux figures tutélaires de ce parcours "Barcelone 1947-2007", rares sont ceux, parmi les 47 artistes présentés, dont le nom est familier aux oreilles du grand public.
Le choix de cette présentation, orchestrée par Michel Enrici, tout nouveau directeur de la fondation, renoue cependant avec les racines de la "culture Maeght": "Miro fut l'un des peintres phare des marchands d'art Marguerite et Aimé Maeght et, au-delà, l'un de leurs plus proches amis", rappelle-t-il. En ouvrant, en 1974, une importante galerie à Barcelone, le couple Maeght affirma sa curiosité pour l'art produit en Catalogne.
Au commencement fut donc Mirò (1893-1903) et c'est dans son univers de signes, de lignes folles et de créatures étranges que débute l'exposition, rendant d'autant plus frappante l'influence qu'il exerça sur plusieurs générations d'artistes.
Parmi celles-ci se distingue le mouvement "Dau al Set" (la septième face du dé), "une des révélations de l'exposition", selon Michel Enrici. Ce groupe de poètes, de peintres, de philosophes confrontés à la misère artistique du franquisme réagit "en renouant avec l'esprit des avant-gardes antérieures à la guerre civile, en revendiquant l'art de Klee, Ernst, le romantisme allemand, le jazz, les sciences modernes, le dadaïsme", décrit Victoria Combalia, Barcelonaise spécialiste de la scène catalane et conseillère de l'exposition.
Autour des peintres Antoni Tàpies, Joan Ponç, Modest Cuixart, Joan-Josep Tharrats et Joan Brossa s'inventa dès 1948 une revue d'une grande liberté créative et politique, contestataire par le simple fait d'être rédigée en catalan. Les tableaux de ces artistes, d'intrigants paysages mentaux peuplés d'animaux fabuleux, de symboles mystérieux, s'inscrivent dans une filiation évidente avec le surréalisme, "une source d'inspiration constante de l'art catalan, tout comme l'utilisation des matières et des objets", note Victoria Combalia.
Près de trente ans plus tard, le franquisme agonisant vit l'émergence du second mouvement significatif de la scène catalane, celui de "l'art conceptuel". Autour d'artistes comme Fina Miralles, Jordi Pablo, Jaume Xifra, ce groupe plébiscitait les supports, à l'époque non conventionnels, pour réaliser des oeuvres proches du body art, du land art, de la photographie.
La peinture faisait pourtant de la résistance et à la même époque, le collectif "Trama" animé par José Manuel Broto, Xavier Grau et Javier Rubio s'inspirait de l'abstration lyrique américaine pour créer de grandes toiles à l'énergie colorée.
Aux côtés de la jeune scène catalane, largement représentée au fil des salles, l'exposition fait également un clin d'oeil à plusieurs artistes étrangers -l'Anglaise Hannah Collins, le Mexicain Victor Pimstein- qui ont choisi de travailler à Barcelone au cours de la dernière décennie, consacrant la métamorphose de l'agréable cité provinciale en capitale vibrante d'énergie créative.
(Fondation Maeght, "Barcelone 1947-2007" jusqu'au 4 novembre. Tél. : 04.93.32.81.63 ou www.fondation-maeght.com)
Image :
Une oeuvre de l'artiste catalan Antoni Miralda, un gypse coloré et polyester de 1972, exposée à la fondation Maeght, le 6 juillet 2007 à Saint-Paul
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